samedi 21 janvier 2012

Pas un mot




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Pas un mot n’avait été prononcé depuis le réveil. Il fallait préserver ce silence jusqu’au temps de l’écrire. Préserver la virginité sonore, enveloppé  des limbes de la nuit où tu te mouvais, subtil. Ne point fermer la porte des Ombres, celle du  Monde des Morts gouverné par l’esprit et, seul, laisser les  étranges solalies.
Une rangée d’arbres en enfilade sur le trottoir d’une venelle en pente. L’écorce est desquamée et la croûte marron se détache du tronc à la blancheur verte opaline. Au dessus de la ligne d’horizon, un ciel d’encre foncée et des clairières crues d’avant l’orage. Un ennemi, un ami , est-ce toi,  est-ce moi ? debout, massif, planté  là  dans la verticale de la fuyante. Nous sommes devant la toile, dans le souvenir d’une photo prise, l’espace local d’une abstraction malheureuse  et qui scintille.


*






 

Place du Marché , Paris onzième. Palissades, grondements infernaux des BRH. Les marteaux pilonnent les plaques de bitumes qui se détachent une à une. Je marche sur Belleville et les nouveaux immeubles, pavés de verre , bardage de tôles roses. Arrive au cimetière de la ville, jonché de cornes, de défenses d’élephants. A présent dans le désert du Nyacoumbé, le temple perdu des anciens, celui du roi Salomon.



 


Paupières bleutées , lèvres charnues, 
c'est l'Afrique  qui chante :


DIALAMBE TAKATAKO TOLISSO
MASSON NIRRE CODAMINE
DANKARI POTASSI MANOLOKO
RAMINASSOU TOSSALIMETA
KARA SAU SIMINE TAROPOKI
 
 




 
*

Je franchis à nouveau le seuil de la clinique

Les portes de verre

le sas

l’accueil
L’ascenseur des enfants réprouvés
Il faut monter une boisson fraîche
 de la menthe
Sur sa porte

un tigre est dessiné.
Savoir écouter

 chaque pensée

Est -elle de toi

de moi
est-elle de lui
Écouter les chuchotements

à peine murmurés

Voir

 ça voir




C’est de l’argent qu’il faut placer immédiatement.L’ado au tigre, étendu sur le lit avait les yeux tristes immenses des psychotiques , des déments. La prononciation est  gênée par l’écume sur la langue,Il baragouinait, entre deux insultes, des prophéties délirantes:

LA MALADIE ATTAQUE AUSSITÔT
UN ASSAUT IMMINENT S’OPPOSE
SON IRE CONDAMNERA UN OCCIDENT
QUI RIPOSTA AUSSI MAL 
TU N’AS SOUMIS CE TALISMAN QUE TROP TARD





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