mardi 24 janvier 2012

Pas un mot #02




*
«Je suis l’irrésistible pompier.
- Le Fou -   mais j’ai appris à dissimuler.»






Au fur et à mesure de l’entretien, les sons entendus dans la rue et qui semblaient d’abord venir des entrailles de la ville, sourdaient à nouveau en moi, plus nets et plus précis. Concentré sur la prosodie du patient- ne devais-je pas y découvrir les stigmates de la dissimulation ?- je subissais l’assaut interne d’une incandescente mélopée dont chaque phonèmes retentissaient dans mon corps comme sur la peau d’un tambour. Me laisserai-je envahir par cette manipulation schizophrénique?

 



YAKA TO MO KO LO SO
DERAMI NI PORI KEMONTI
DILA CORA POTIMO FENTASSI
DIROU KILLA POFFISSA
RAMO NO KANTI DELLA NIFFIOU.

 


 


«- Je suis la vieille prostituée, l’androgyne édenté,
le clochard qui pue, l’aveugle dans la saleté.
Depuis que le Monde existe: le Christ est mon frère, mon ami
la Vénus, la luciole qui brille sur le fumier
La cellule initiale de Mère  la Nature . »




Comment ne pas abandonner la bienveillante neutralité dans laquelle je m’étais enveloppée.Solaré se balançait sur sa chaise tout en parlant. J’essayais de captiver l’irrésistible envie de répression que je sentais monter en moi. Si l’excitation perdurait, je devrais appeler le service et remettre l’entretien. Il éructait maintenant tout en tendant ses bras malingres en l’air.

 
KALINI METAPO KOTOM
GAN DUIRA
DALA MONE TOKI POPOU SPIE
DAN LA PE PO
RI KA TOU KOROKITE
MANAÏO TANA
REKANTI KOLOM SSE MATOSSI
LASSAN DAÄFO D ICI LA


«-Veux-tu connaître l’avenir?
Que je te dise le sort des trépassés?

Si ils ont connus la vie ou bien la seconde mort?

Car à travers moi, parle l’Ange de la Mort!

Je suis ici bas...

mais salarié du Ciel

J’ai payé

 et  paye encore!»

 
À travers les fenêtres grillagées du Centre, je pouvais apercevoir le parc et ses arbres.Les mots éclairaient chaque feuilles comme autant de signes: la nature se livrait à livre ouvert.


 
 
Au pied du chêne,
vieux

vide

de l’esprit moqueur
de la profusion propice
senteurs abscondes
à l’épicentre de la vitrine
dévoilées des milices
dans les gouffres ancestieux.
de jobs épais
des tumultes
de fêtes sans fard
A l’école

 bréviaires aux doigts des marraines sous-marines
Le sifflet du Pan, arrête le match de foot
et

le scientifique sacrifice des  insecticides.
Valeurs matrimoniales

et

 internationales salopes
Tes allures de poules vénérées!
Et tes mœurs dissolues
C’est la frayeur de mon interlope-cutter
De se dissoudre si fade 

merle d’acier




Ce coup ci, cela en était trop... Solaré régressait dans son fantasme de sur-puissance et ses insultes devenaient  franchement menacantes. J’avais "ma dose" et décidais d’écourter l’entretien.Je  le rassurais quand à l'imminence de son éventuelle sortie  du centre et de ma volonté de le voir guérir au plus vite. Nous nous dîmes à demain et je sortis de l’établissement. La lumière filtrait à travers les barreaux. L’amplitude du grondement interne des glossolalies s’amenuisa rapidement et elles retrouvèrent la légèreté d’une chanson douce, comme me chantait ma Maman:




KA LI NI METARO
KOTOMPA GANDUIRA
DALA MONE TOKI PO FU SKI DAN LA FERO
RI KA TOU KA RO KI TE
MANAÏO TANA
REKANTI KOLON SSE MATOSSI PAÏAPO
LASSANT TARETER DICI LA



Il me faudrait m’endormir ce soir avec un trou noir dans la tête…Un trou qui s’ouvre sur un monde de crânes de morts - mais qui bougent sous la lumière froide, de peuplades, infectes créatures, agonisant dans la géhenne.



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