samedi 24 mars 2012

La voyance du verre, un apéro fabuleux.




La névrose est enfin passée et les courants d’airs gelés qui faillirent lundi nous romprent les os.
Qu’il est bon… avec les premiers beaux jours, de se prélasser à la terrasse d’un café.
Nous sommes à l’Opéra Garnier.






Mon interlocutrice, comme pour sortir d’un silence embarrassant, lance à qui veut l’entendre:
«- J’ai tellement honte d’être Française et de la manière dont nous sommes gouvernés, j’attends avec impatience les élections pour me refaire une virginité. »








Son visage se reflète distinctement dans le verre, posé en face de moi sur la table du lounge café. Ne sachant que répondre, bien que partageant son avis, je regarde fixement le verre pour ne pas croiser son regard. Dans un deuxième plan j’aperçois le reflet de la vitrine ondulée du café-restaurant. Mon mutisme ne semble pas l’atteindre puisqu’elle continue sa logorrhée.






Dans le reflet de la vitrine qui se reflète sur le verre de Campari, je distingue maintenant précisément les immeubles haussmanniens qui bordent l’Opéra. Les Naïades en bronze qui supportent les lampadaires et puis, un peu plus loin , cette prunelle noire suspendue au milieu de la ville dans le ciel parisien. Serait-ce ses yeux qui, par malicieux artifice , viendraient se coller en lieu et place du réverbère? Sur cette perle un aigle verrait se refléter la ville toute entière, à perte d’horizon toute la planisphère. Dans un verre tient le Monde. C’est cette perle , lumière du Monde, qu’il ne faut pas laisser en pâture aux cochons...







Le Monde tient dans un verre.


«- Vous reprenez un verre? » lui dis -je, marquant ainsi mon intérêt à vouloir poursuivre notre discussion. Le monde se lit dans un regard, pas de minutes pas de secondes sans…
«- Et vous! ... qu’en pensez vous? 
- Je ne sais pas, je vois les gens attablés autour de nous, celui-ci lit son journal, celui là consulte son portable, cette dame photographie ses enfants devant l’Opéra, je n’arrive pas à me sentir comme eux.
Leurs faut-il lire et voire le monde seulement à travers un média pour qu’il soit digne d’intérêt?
J’attribuais au départ cet engouement pour le numérique à une nouvelle forme d’idolâtrie.
On préférait la voiture au voyage, le pinceau à la toile, l’outil à la réalisation, que sais-je? Cela colle assez bien avec l’idée qu’on se fait de notre époque où la communication prime sur la transmission, non?
- Oui, je comprends très bien, où veux tu en venir Gaetan ?
- Cette explication me parait par trop simpliste suite à l’ampleur du phénomène. En vous écoutant parler au début de notre conversation, je regardais en même temps ce verre et je crois que, subitement, j'ai compris quelque chose. J’en reviens au verset numéro 1 du quatrième évangéliste, vous savez celui qui dit : "Au début était le verbe."
-Gaetan! vous  finirez dans la franc-maçonnerie, je vous le dis.
- «... France-ma-connerie » vous avez dit?

Je repris, honteux du jeu de mots qui m‘avait échappé:
"- Si le Réel est interprétable ou modélisable selon des lois mathématiques et physiques, j’ai le sentiment que ce même Réel est sous-tendu par des règles d’ordre purement littéraires. Qu’il suffise de le décrypter de la même manière qu’on analyse tel phénomène sous un angle scientifique. Mais, et j’en arrive à ce qui nous intéresse,  je vois dans ce lent basculement de la Réalité pour une nouvelle Réalité virtuelle, laissant l’autre au bord du chemin comme une coquille vide, une recherche éperdue de sens, un sens que la réalité, en perte de lecture, aurait perdue, nous laissant comme unique alternative pour faire à nouveau du sens, sa transposition dans la grille, dans le filtre du numérique. Le cinéma et les acteurs sont les porteurs de cette procuration, comme si la vie,l'histoire la plus banale prenait sens une fois scénarisée, que l’image de la photo remplace celle directe de la rétine.
- Tu as peut être raison sur un point Simon, tu sais j’ai fait avant des études de cinéma. Comment t'expliquer cet El Dorado perdu, la magie du cinéma d’Orson Wells, un seul de ses films vaut bien une cinémathèque contemporaine.
- Je me rappelle à peu près la même réflexion d’un de mes boss, du temps où je bossais, il m’avait dit, les yeux animés d’une folle lueur, que tout Beaubourg ne valait pas les vingt toiles que Vermeer avait peintes durant sa vie entière, ou plutôt, que si il avait à faire un choix à faire, il se porterait sur  ses vingt toiles. Peut-être que ce cinéma là nous éclairait, ouvrait des portes sur le Réel, le lisait, plus qu’il n’en donnait une transcription nouvelle médiatisée



- Un autre campari?

- Nous allons finir pas nous noyer….





Je ne sais pas si c’était les effets du breuvage mais d’autres idées me venaient à l’esprit et je ne résistais pas à l’envie, sans doute à tort, d’en faire profiter mon interlocutrice.
«- si l’événement n’existe qu’un fois relaté, écrit» lui dis-je,
Alors , pour reprendre l’idée d’un Monde littéraire pré-existant, ce qui est valable dans un sens doit aussi l’être dans l’autre, une vérité est réflexive.
- Je ne te suis pas très bien mais... continue...cela ne fait rien.
La réciproque qu’il nous faudrait vérifier par l’expérience serait:
«Nous pouvons écrire l’événement avant qu’il ne se produise.»
- Ha! mais là, je reconnais là ton appétence mystique.
- Non! Il s’agit  simplement de faire du réel comme dans un scrabble:
- voyelle

- consonne

- voyelle

- consonne
Dans ce verre, m’arrive l’image floutée de ce qui nous entoure, redressons simplement les lettres qui nous viennent à l’esprit:


W - A - L - A- M - A- N


Elle se prit au jeu


D- R -O- S -S-I - N- E

- Dit donc çà ressemble plus à de l’anglais non?


N-I-A- K-O-L- A


M-O-T- A-N-S-S-O-U-F-I

Bon un ver suffira, ça donne recopié au propre


Walaman drossine

Niakola motanssaufi


- Ha ha ha ….mais tu es dingue Simon, tu vois quelque chose dans ce charabia…

- Je ne sais pas , moi ,

Quoi… çà se travaille.



Je repris le chemin du canal pour rentrer à la maison.

Toutes les façades , les badauds qui se promenaient se reflétaient dans la surface verte. J’aurais peut-être dû me taire, j’ai encore du passer pour un fou. Les camparis m’avaient légèrement montés à la tête. Je continuais la déambulation en regardant la vaste étendue d’eau qui faisait miroir de la ville. Le reflet appartient  bien au réel ….mais il en est dépendant pour autant. C’est un X-Ref! Il n’existe pas sans la matrice , il y est attaché




J’arrivais au pont.
......................Traversais le miroir.












Sur l’autre rive .
Des canards longent le bord
Je croise un regard dans une petite bille toute noire.
Je le trouve anxieux, comme troublé par la peur .
Sa tête semble un œil tout entier, le bec formant la glande pour pleurer.
Une peur ancienne, archaïque.
La peur des temps anciens venue du tréfonds.
C'est l’image d’une cellule, comme celle que l’on découvre dans le canon du microscope,

elle devint tout d’un coup fantastique dans mon imagination,

la cellule antique,

la cellule originelle  de la mère nature;

inquiète mais désespérément belle .



Dimanche 25 mars 2012 07:27Reprenons le texte griffonné sur le carton du paquet de cigarettes
Il était loin déjà le temps où, le message à peine écrit, apparaissait le second texte tel un dépôt à la surface du palimpseste.
Je n'avais jamais pour autant renoncer à l'expérience sur "le précipité", quitte parfois à prendre des vessies pour des lanternes ou à succomber au phantasme paranoïaque de surpuissance en m'octroyant la belle part dans ce décryptage subjectif de l'avenir.


Devant la série et ses multiples sens possibles, c'est comme si je me trouvais face au contenu de tous les réels possibles et qu'un choix allait déterminer tout un enchaînement logique.

Mais aujourd'hui les divagations du pèlerin en peine semblaient d'une simplissime évidence, car une fois remises dans le bon ordre, la traduction s'avérait évidente  sans manipulations phonétiques ni transgression poétique, l'ultime recours, au demeurant, des cas indéchiffrables.



Le texte brut était le suivant:


W - A - L - A- M - A- N

D- R -O- S -S-I - N- E
N-I-A- K-O-L- AM-O-T- A-N-S-S-O-U-F-I


La traduction est celle ci.



W A R   AS   COME   IN   E   L A N DE
N -I- K -O-L- A     O-T- A -N -    S- O-U-M-I-S     - F-A-



















*/*


2 commentaires:

lucia mel a dit…

oh, quel voyage ! mais, dis-moi, de l'Opéra pour rentrer chez toi tu longes le canal ? Allez, c'est "trop" beau : je tweete.

Simon Gaetan a dit…

Ha! Lucia! je fais le bravache mais sans aucun retour, je commencais à douter du boulot...me voici rassuré... même si l'amitié n'est pas tres objective :)m