La légende de l'ibis raconte que le Roi décida de ne pas garder son dernier né et qu'il le confia à une cigogne pour qu'elle aille le déposer dans le berceau d'un foyer loin, très loin du château. Ce serait seulement une fois que l'enfant ait atteint l'âge adulte dans cette famille qu'il partirait à la recherche de ses origines et retrouverait la trace de son père. Alors celui ci lui donnerait la part d'héritage qui lui revient.
*
Le vilain canard passa une
enfance malheureuse dans sa famille d'adoption. A maturité, il décida
de partir sur les routes de France pour parfaire son métier. On
l'envoya près de Tours chez un forgeron qui avait trois filles. Une
de ses filles restait toujours à l'écart, elle ne sortait
pratiquement jamais en dehors de la maison ou toujours accompagnée
par l'une de ses sœurs ou par sa mère. Lorsqu'au bout de plusieurs
années il fit enfin sa connaissance, Abélard éprouva un sentiment de
répulsion envers cette étrange créature: Oui! le
maître avait raison de ne pas la sortir... non pas qu'elle fut laide,
bien au contraire, mais il se dégageait d'elle une aura si bizarre
que cela eut tôt fait de faire parler tous les coquins du village et,pourquoi pas, de dire que le maître abritait chez lui une créature du diable,
une sorcière. Abelard tomba profondément
amoureux de la belle et de ses immenses yeux verts. Avec la
confiance de son patron, il devint un menbre sa garde
rapprochée. Dans cette proximité un poison se distilla dans les
veines d'Abélard qui ne fut bientôt plus capable de travailler. Le forgeron
voyant le travail mal fait ou laissé sur place, le chassa de sa
maison sans lui verser sa dernière solde. Il s'ensuivit une longue pérégrination sur toutes les routes du pays et, c'est ainsi que dans le
brumes automnales, il arriva épuisé au bord du lac mysterieux.
*
Assis
sur un petit promontoire, les pieds dans l'eau, une grosse libellule
s'approcha tout près de lui.
Il entendait le bourdonnement de ses ailes qui la
maintenait en suspension. C'est à cet
instant que le charme obéra ,heu ... sniif pardon "opéra" et que le voile fut déchiré...Abélard aperçut la Déesse pendant une fraction de secondes qui lui semblèrent une éternité. La libellule était déjà partie, on entendait au loin le
battement des ailes et puis plus rien... le silence revint et avec l'absence et le vide.
Il devint aveugle et perdit en partie l'usage de sa voix
mais ne mourut pas . Dans son malheur, le poison qui avait été déversé dans son cœur par
la fille du forgeron lui servit de puissant antidote contre le sortilège de la nymphe. Ainsi il vécut
pendant des années en errance, partageant la pitance
des cochons si il ne voulait pas mourir de faim, enfermé comme les
lépreux sans avoir contracter d'écrouelles... il
arriva dans la principauté d'un
grand Seigneur. Le Seigneur reconnut dans ce sale et puant vagabond son
fils, il en frémit mais ne dit rien. Si son fils était victime de faux
témoignages, d'une justice rendue dans l'arbitraire , c'était toutes
les fautes et les insuffisances de sa cour qui lui
sautaient au visage comme un chien enragé à la figure.
*
*
La reine mère ne disait plus rien et passait ses journées dans la mélancolie.Si elle percevait la présence mystérieuse du fils qu'elle n'avait qu'entrevue qu'à sa naissance, elle descendait dans le jardin sous prétexte de tailler les roses puis scrutait le paysage au loin.
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