dimanche 3 juin 2012

Au loin. ( # 03)



La légende de l'ibis raconte que le Roi décida de ne pas garder son dernier né et qu'il  le confia à une cigogne pour qu'elle aille le déposer dans le berceau d'un foyer loin, très loin du château. Ce serait seulement une fois que l'enfant ait atteint l'âge adulte dans cette famille qu'il partirait à la recherche de ses origines et retrouverait la trace de son père. Alors celui ci lui donnerait la part d'héritage qui lui revient.



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Le vilain canard passa une enfance malheureuse dans sa famille d'adoption. A maturité, il décida de partir sur les routes de France pour parfaire son métier. On l'envoya près de Tours chez un forgeron qui avait trois filles. Une de ses filles restait toujours à l'écart, elle ne sortait pratiquement jamais en dehors de la maison ou toujours accompagnée par l'une de ses sœurs ou par sa mère. Lorsqu'au bout de plusieurs années il fit enfin sa connaissance, Abélard éprouva un sentiment de répulsion  envers cette étrange créature: Oui! le maître avait raison de ne pas la sortir... non pas qu'elle fut laide, bien au contraire, mais il se dégageait d'elle une aura si bizarre que cela eut tôt fait de faire parler tous les coquins du village et,pourquoi pas, de dire que le maître abritait chez lui une créature du diable, une sorcière. Abelard tomba profondément amoureux de la belle et de ses immenses yeux verts. Avec la confiance de son patron, il devint  un menbre sa garde rapprochée. Dans cette proximité un poison se distilla dans les veines  d'Abélard qui ne fut bientôt plus capable de travailler. Le forgeron voyant le travail mal fait ou laissé sur place, le chassa de sa maison sans lui verser sa  dernière solde. Il s'ensuivit une longue pérégrination sur toutes les routes du pays et, c'est ainsi que dans le brumes automnales, il arriva  épuisé au bord du lac mysterieux.


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Assis sur un petit promontoire, les pieds dans l'eau, une grosse libellule s'approcha tout près de lui.
Il entendait  le bourdonnement de ses ailes  qui la maintenait en suspension. C'est à cet instant que le charme  obéra ,heu ... sniif pardon  "opéra"  et que le voile fut déchiré...Abélard aperçut la Déesse pendant une fraction de secondes qui lui semblèrent une éternité. La libellule était déjà partie, on entendait au loin le battement des ailes  et puis  plus rien... le silence revint et avec  l'absence et le vide. Il devint aveugle et perdit en partie l'usage de sa voix mais ne mourut pas . Dans son malheur, le poison qui avait  été déversé dans son cœur par la fille du forgeron lui servit de puissant antidote contre le sortilège de la nymphe. Ainsi il vécut pendant des années  en errance, partageant la pitance des cochons si il ne  voulait pas mourir de faim, enfermé comme les lépreux sans  avoir contracter  d'écrouelles... il arriva  dans la principauté d'un grand Seigneur. Le Seigneur reconnut dans ce sale et puant vagabond son fils, il  en frémit mais ne dit rien. Si son fils était victime de faux témoignages, d'une justice rendue dans l'arbitraire , c'était toutes les fautes et les insuffisances de sa cour qui lui sautaient au visage comme un chien  enragé à la figure.

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La reine mère ne disait plus rien et passait ses journées dans la mélancolie.Si elle percevait la présence mystérieuse du fils qu'elle n'avait qu'entrevue qu'à sa naissance, elle descendait dans le jardin  sous prétexte de tailler les roses puis scrutait le paysage au loin.


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